Les « trains de plaisir », steamers au fil du fleuve

La vapeur créa de nouvelles possibilités. Son utilisation, d'abord timide, par le confort offert, la fit adopter rapidement. Libérée des vents, la navigation s'en trouva facilitée. Les steamers, ces longs-courriers à vapeur, se mirent ainsi à remonter régulièrement la Gironde vers 1855, avec comme précurseur la Compagnie des Messageries Impériales. Les liaisons, d'abord nationales, s'ouvrirent peu à peu au monde, avec des navires battant surtout pavillons anglo-saxons. Ces dernières allèrent croissant, passant de près de 900 escales en 1860, à plus de 2 800 trente ans plus tard.

Mais il ne fallut pas attendre aussi longtemps pour contempler ces bateaux fumants sur le fleuve. Car avant de s'aventurer sur les océans du globe, ces machines tributaires de combustibles embarqués firent leurs preuves en navigation fluviale. Dans notre région, le premier fut la Garonne, construit aux chantiers de Lormont en 1818, suivi des Gironde, Triton, Hirondelle et autre Bordelais... Ils assuraient des voyages réguliers en amont ou aval de Bordeaux, d'abord par la Compagnie Bordeaux-Gironde, puis celles maritimes de la Gironde et Garonne et enfin Bordeaux-Océan. Ces vapeurs, qu'on baptisa «trains de plaisir», furent essentiels au développement de nos stations balnéaires. Le service jusqu'à Royan se limitait à la période estivale, mais devant le succès, on aménagea les rives avec des débarcadères. Ainsi Mortagne, dès 1837, bénéficia d'une escale aller et retour, profitant d'un ponton construit par les pêcheurs. En 1843, un édifice plus adapté fut édifié. A l'arrivée à Royan, le débarquement n'était possible qu'à la Plataine de Foncillon et au bout du quai de la jetée. En fonction de la marée, une multitude de batelets permettaient aux élégantes d'éviter un bain de pied forcé. Un escalier fut même creusé dans le rocher en 1836, pour sécuriser l'accès.

Les publicités vantaient les mérites de ces trains du plaisir expliquant que «le voyage de Bordeaux à Royan par bateau à vapeur était des plus économiques et aussi des plus attrayants par la variété et la magnificence des bords de Garonne et de la Gironde». Les paysages, le climat, les monuments et distractions proposés firent de Royan, la station balnéaire en vogue, fin XIXe et XXe. L'Europe entière s'y retrouvait pour savourer les charmes de cette «Perle de l'Océan».